Réimaginer la mémoire cinématographique africaine et arabe : méthodologies, collaborations, restitutions et dialogues
En février 2025, la nouvelle Cinémathèque Marocaine a été inaugurée, forte de statuts et de missions culturelles renforcés, et dotée d’un espace rénové désormais ouvert au public, après de nombreuses années d’un travail minutieux consacré à la préservation, la restauration et la promotion du patrimoine cinématographique marocain. Ce moment décisif consolide le rôle du Maroc dans la promotion de la mémoire collective et donne tout son sens à l’organisation à Rabat d’un symposium de la FIAF dédié au patrimoine cinématographique africain et arabe.
Les cinémas africain et arabe sont historiquement liés et font face à de nombreuses problématiques communes en matière de préservation et de promotion. C’est pourquoi nous proposons un thème de symposium qui embrasse les situations en Afrique et dans le monde arabe, d’autant plus que le Maroc incarne pleinement ces deux identités.
En 2026, les Journées cinématographiques de Carthage (JCC), premier festival du cinéma africain et arabe, fêteront ses 60 ans, tandis que son frère jumeau, le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), créé en 1969, lancera sa 30e édition en 2027. Mais les distingués fondateurs de ces festivals qui ont posé les bases d’une mémoire cinématographique panafricaine – Ousmane Sembène, Tahar Chèriaa, Lionel Ngakane, Oumarou Ganda, Gadalla Gubara, Tewfik Saleh, Med Hondo, Mamadou Djim Kola, Ahmed Bouanani, Souleymane Cissé, Omar Amiralay et les pionnières Sarah Maldoror, Atteyat Al Abnoudy et Safi Faye – ne sont plus parmi nous.
Le patrimoine cinématographique africain et arabe, qui compte aujourd’hui des milliers d’œuvres, requiert plus que jamais une attention internationale accrue afin d’être mieux préservé, restauré et promu au bénéfice de toute l’humanité. C’est pourquoi une action urgente et concrète est nécessaire pour préserver cette composante essentielle de la mémoire cinématographique universelle et enrichir un canon encore largement dominé par d’autres traditions.
Les cinémas africains et arabes figurent parmi les plus diversifiés et les plus aboutis artistiquement au monde, embrassant des formes expérimentales et populaires issues de nombreuses cultures, diasporas et pays. Au cours de la dernière décennie, de nombreuses initiatives d’archivage ont vu le jour dans la région, menées par des professionnels locaux qui, malgré des conditions difficiles, ont su créer des communautés de pratique résilientes et introduire des modèles alternatifs, durables et ancrés dans le contexte régional pour la préservation des films en Afrique et dans le monde arabe.